Bartasses et Saucisson

  • Retour a l'acceuil
  • Ecrire un message à l'auteur
  • rechercher sur le site

bartasser /baʁ.ta.se/ : Sortir des itinéraires normaux, avoir des difficultés pour arriver à destination...

Peut-être vous demandez vous : « mais pourquoi bartasses et saucisson ? Et qu’est-ce que c’est que La BAS.e ?? » Un concept, une idée originale… Il doit bien y avoir quelque chose !? Et bien non, rien de spécial à vrai dire ; si ce n’est peut-être une définition en deux mots d’une façon de voir l’alpinisme et de le pratiquer.

Chapitre I : Bartasse

Dans le jargon lorsque l’on parle de « Bartasse » c’est pour évoquer ces longues et éprouvantes marches en montagne, avec souvent de grosses chaussures, de gros sacs. Et bien sûr dans un terrain qui ne se prête pas spécialement à la randonnée contemplative : longues moraines rocailleuses , vires herbeuses malcommodes, éboulis verticaux en tous genres, glaciers tourmentés… Pas vraiment de quoi faire rêver dans les chaumières… Alors c’est ça l’alpinisme ?


Depuis le sommet de l'aiguille des glacier dans le z

Vue depuis le sommet de l'Aiguille des Glaciers: la voiture est tout au bout de la vallée... Long retour en perspective! Sur la photo de droite, la voiture est à la Grave, le petit village que l'on voit derrière Simon...

Non. En revanche, c’est bien souvent le premier mot qui vient à la bouche au moment d’évoquer l’approche ou le retour d’une course : une vraie bonne bartasse ! C’est plus ou moins vrai selon le massif : celui du Mont Blanc est plutôt bienveillant à l’égard des genoux et des épaules du grimpeur, ce grâce aux quelques remontées mécaniques qui permettent de gagner rapidement de l’altitude à moindre effort. Imaginez monter à l’Aiguille du Midi sans le téléphérique! Un vrai calvaire, et il nous faudrait surement plus de week end de trois jour pour aller profiter des belles courses en altitude qu’offre ce massif. C’est pourtant bien ce que faisaient les pionniers, lorsqu’ils quittaient la vallée pour aller ouvrir des itinéraires majeurs, qui aujourd’hui encore conservent leur part de mythe et forcent à l’humilité et à l’admiration . Ce qui explique sans doute en partie que les hautes cimes du massif étaient bien moins parcourues qu’elles peuvent l’être de nos jours. Pourtant, certains versants ou certaine période de l’année réservent largement de quoi contenter les plus masochistes ! De leur côté, les Ecrins sont le royaume par excellence de la bonne grosse bartasse des familles : de longues remontées de vallons sauvages, les sacs déjà pesants alourdis du bivouac, des approches délicates, des sommets isolés… Mais sans aucun doute la garantie de la solitude, de l’isolement, et un sentiment de quitter le monde au fur et à mesure que l’on s’immisce entre ces géants de roc et de glace.


gros sacs gros sacs aves les ski

Sympas nos compagnons de balade!

Ce doit quand même être la pire partie de l’alpinisme alors : si seulement il était possible d’arriver directement au pied de la face sans effort et remonter dans la voiture aussitôt la course finie ! Encore une fois : non… En fait, ces arrassantes bavantes sont l’ingrédient qui exhausse toute la saveur d’une course. A l’approche, cette longue marche et l’occasion de ressasser milles pensées. Imaginer l’itinéraire : où seront les difficultés ? A quelle heure pouvons-nous espérer atteindre le sommet ? Le temps tiendra t’il ? Passer par tous les états : la lassitude d’une marche monotone, l’excitation, parfois la peur, et toujours l’envie qui monte à mesure que les difficultés se rapprochent. Une fois ces préliminaires passés le plaisir de l’escalade n’en est que plus fort. Une longue descente est quant à elle une sorte de zone tampon, un sas de décompression avant le retour sur terre. Bien que la machine soit souvent dans un état de fatigue bien avancé alors que nous ne sommes qu’à peine revenu au bivouac, il est déjà temps de mettre un dernier coup de rein pour retrouver la vallée. Le sac jeté une dernière fois sur les épaules, les jambes se remettent en marche, et, la fatigue aidant, l’esprit commence à se perdre : revoir les instants magiques de la courses tout juste achevée, savourer la réussite ou digérer l’échec, se promettre de revenir, se demander encore et encore ce qui peut nous pousser à aller sur ces sommets… Petit à petit la neige et les pierriers cèdent la place à l’eau et à la terre, enfin les premières fleurs font leur apparition, et annoncent le retour au monde vivant et polychrome. Au détour d’une pente les arbres renaissent, les sentiers marqués apparaissent… Et finalement les premières habitations: la fin de la renaissance. Ce n’est qu’une fois le sac jeté à terre, les pieds libérés de ces grosses chaussures que prend fin cette parenthèse dans nos vies. Ces longues heures de marche permettent de profiter et de fixer chaque instant, chaque sentiment, aussi solidement que possible pour faire tous ces souvenirs qui égailleront les jours plus-vieux.


gros sacs gros sacs aves les ski

Les jolies petites fleurs, enfin des couleurs!

Chapitre II : Le saucisson

En plus d’être un des emblèmes de la culture culinaire et populaire française, le saucisson est un des piliers de la nutrition en montagne . Nature, noisette, sanglier, beaufort ou peu importe, il est toujours le bienvenu lorsqu’il s’agit de s’arrêter une fois le sommet atteint : on le sort du sac, et on le partage avec les copains ! Du coup, il m’évoque le sommet, ce moment de contemplation (au soleil si possible) ou l’ on savoure le plaisir d’être là-haut, ensemble.


gros sacs gros sacs aves les ski

Même en cas de retour (très!) tardif au bivouac ou de but, le saucisson ça remet en forme!

En conclusion, nous vivons plein de choses dans ces montagnes, des choses extraordinaires et toujours uniques. C’est même pour ça que l’on y va, et surement pour ça que l’on y est bien. Des choses tellement belles que l’on voudrait être avec ceux que l’on aime pour en profiter. Tout du moins pouvoir leur raconter et leur faire ressentir une fois redescendu. Il est souvent difficile de partager ces instants, alors qu’il ne nous reste que les photos et les mots. Et des mots pour parler de la montagne il y en a plein : bonheur, effort, partager, s’élever, beauté, fatigue, sauvage, copains, époustouflant, essoufflant, haut, majestueux, profiter, avancer… Pour toute les raisons évoquées, si je devais en choisir deux pour résumer, ce serait très probablement Bartasse et Saucisson ! Une recette de retour à la base en quelque sorte.