Bartasses et Saucisson

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bartasser /baʁ.ta.se/ : Sortir des itinéraires normaux, avoir des difficultés pour arriver à destination...

Face Nord de la Meije par la voie du Z, et traversée des arêtes

La Meije, c’est ce sommet bien individualisé visible de tous les sommets des Ecrins et dont la face nord surplombe le village de la Grave, sur la route du col du Lautaret. Depuis la Grave un itinéraire évident attrape le regard de l’alpiniste de passage : un Z de neige qui raye la face. Ouvert par Albert Tobey, un guide de la Grave, en 1937, cet itinéraire est devenu un classique dans son niveau de difficulté et fait rever les jeunes montagnards que nous sommes depuis un petit moment déjà…


traversée des arêtes de la meije

En haut du Grand Pic de la Meije, vers la traversée de arêtes: le Doigt de Dieu sort des nuages, ambiance!

Pas souvent en bonne conditions, la neige poudreuse de l’hiver prend la forme idéale de neige dure quelques semaines du printemps seulement, avant de tourner aussitôt en glace jusqu’à l’automne. Le créneau pour en profiter, en mai-juin généralement, est donc assez délicat à saisir. Sauf cette année ! Le bal des perturbations maintient là-haut des conditions printanières dans la face nord, même en ce début de mois d’août ! L’occasion est trop belle pour la rater. Un coup de fil, et Simon me confirme qu’il est dispo : lui aussi lorgne sur ce z depuis un moment. Alors c’est parti, direction les Ecrins une nouvelle fois !


le z face nord meije montée enfetchores

La face et le z depuis la Grave: c'est là qu'on va! A côté la montée aux Enfetchores, obligation de poser les mains!

On remercie le téléphérique qui nous raccourcit bien l’approche, et nous permet de prendre directement pied sur la moraine à 2800m. De là, une traversée dans la pierraille et nous sommes au pied des enfetchores : une sorte d’éperon de pierre qui canalise le glacier de la meije. Nous le remontons par une succession de vires et de petits ressauts faciles mais où il faut avoir le pied sûr. Le bivouac sera au sommet de cet éperon : emplacement tout confort idéal, juste au-dessus du glacier et au pied de la face, nous permettant de la lorgner à loisir. De l’autre côté la vue sur le plateau d’Emparis et l’Aiguille du goléon est imprenable. Arrivés la-haut vers 16h, nous aurons largement le temps de profiter de tout ça, jusqu’au dernier cadeau : un coucher de soleil qui arrive en même temps que la soupe. Avant la fin de cette belle journée nous avons tout de même pris le temps de faire une trace sur le glacier pour faciliter l’approche de nuit de demain matin. Au milieu de ce labyrinthe de séracs et de crevasses, mieux vaut avoir une trace à suivre pour ne pas tourner en rond en attendant que le soleil ne revèle le chemin !

approche z bivouac enfetchores

Pendant le repérage du glacier: l'occasion d'une sympathique ballade au milieu des crevasses au moment où la lumière est la plus belle. Et notre bivouac, il n'est pas beau ?

coucher de soleil

Le coucher de soleil en cadeau du soir.

Reveil à 3h. La journée promet d’être longue : après une heure d’approche, il nous faudra remonter le Z jusqu’à la brèche puis remonter l’arête pour arriver au sommet du grand Pic de la Meije. Ensuite, direction le Doigt de Dieu pour faire la traversée des arêtes. Il faudra encore redescendre le serret du savon, traverser le glacier pour rejoindre le bivouac. D’ores et déjà nous pouvons faire une croix sur la dernière benne qui est à 17h... Tant pis, au moins nous prendrons notre temps plutôt que devoir courrir après une benne !

La nuit a été très bonne, et je serais resté bien volontiers dans mon duvet mais nous avons du pain sur la planche. Pas encore très frais nous nous mettons en route, la marche d’approche finira de nous réveiller. De temps à autre le faisceau de la frontale dévoile d’énormes immeubles de glace qui surplombent des trous béants : de quoi nous rappeler qu’il faut être bien vigilant et garder la corde bien tendue : les crevasses ne sont jamais bien loin. Nous passons la rimaye sans trop de difficulté et commençons à remonter les goulottes alors que la nuit nous enveloppe encore. Les conditions promettent d’être parfaites ! A mesure que nous progressons le soleil entame sa course et bientôt la frontale sera inutile. Premières lueures dans la vallée, l’horizon qui s’embrase : la vue depuis cette face porte très loin, c’est un magnifique spectacle. Cerise sur le gâteau la grimpe déroule et est toujours agréable !


dans le z dans le z

Le soleil nous rejoint dans la face. Que du bonheur c't'histoire!

Arrivés au pied de la branche inférieure, le soleil nous rejoint pour quelques instant et c’est un vrai bonheur de sentir ses rayons nous réchauffer. Malheureusement pour peu de temps !

Un petit peu plus loin, alors que je suis en tête, je me rapproche des rochers pour placer une protection. Au moment où je tire la corde pour clipper le mousqueton, celle-ci s’accroche dans mon piolet et l’arrache à la neige : je le vois plonger dans la pente, bafouille quelque mots en le regardant partir, impuissant… Et pouf, il se plante quelques mètres en contrebas ! Quel con ! Depuis le début je n’arretais pas de me dire que ça allait arriver : quelle buse, cette fois j’ai eu beaucoup de chance ! Encore un peu et je finissais mancho. La fin se déroule sans autre anicroche jusqu’à la bréche du glacier carré. Une dernière petite goulotte originale qui se termine par une chatière et nous voilà sur l’arête : je ressents à peu près la même chose qu’en arrivant à la fin du pot gigantissimo d’Amorino… C’était trop bon mais c’est déjà fini ! Décidement, j’aime vraiment trop la glace.


dans le z dans le z

Une petite partie en glace dans la branche intermédiaire. Simon juste avant la breche et la dernière goulotte. Grosse ambiance derrière lui!

Alors que versant nord nous profitions d’un ciel azur, les nuages ont déjà envahi le sud du massif, et le promontoire est une nouvelle fois dans les nuages. Après un court morceau d’arête nous sommes au pied de la vierge de la Meije. C’est la première fois pour moi et je suis super heureux ! Enfin sur ce sommet que je vois depuis tout ce temps. D’un coup le doigt de Dieu perse les nuages, et ceux-ci finissent par nous dévoiler la suite de la course. Après un bon morceau de sauc’ on se remet en route. Quelques rappels nous posent au pied de la brèche Zigmondy : une belle goulotte nous amène à son sommet. Cette année la quantité de neige présente sur l’arête est assez exceptionnelle pour la saison et rend la progression très agréable. Nous sommes au soleil, ça avance bien… On profite !


doigt de dieu sommet grand pic

Sommet! Et on a vu la vierge. Le doigt de Dieu sort de la brume, ambiance!

doigt de dieu sommet grand pic

The rocking alpinists, sur les arêtes de la Meije.

Finalement nous arrivons au doigt de Dieu : fin des réjouissances… C’était génial ! Quelque rappel, la rimaye franchie, il faut attaquer la descente dans une neige déjà bien transformée. La prochaine difficulté sera de rejoindre le serret du savon et de le descendre. Il reste un peu de neige dedans, tout juste de quoi le désescalader. C’est long, fastidieux et pas très agréable… Finalement nous rejoingnons enfin le glacier. Et là aussi ça promet d’être long ! Les multiples crevasses obligent à des détours et remontées usantes. Jusqu’à ce qu’enfin nous puissions nous échouer sur notre bivouac au sommet des Enfetchores. Comme prévu, il est trop tard pour la benne, alors autant en profiter pour faire une pause : on vide les reserves de nourriture refait celles d’eau et profite une dernière fois de la vue. Il n’y a pas à dire c’est un vrai bonheur de se débarasser des ses crampons que nous n’avons pas beaucoup quittés de la journée, et de s’asseoir bien confortablement. Et savourer notre réussite ! Après presque une heure à se prélasser sur notre promontoir, les nuages qui bourgeonnent, noircissent et continuent de s’amonceler nous incitent à commencer notre descente. Il nous reste le passage délicat des Enfetchores, et prendre la pluie avec avant d’en être descendu serait assez mal venu. Les gros sacs de nouveau chargés, nous voilà partis. Quelques gouttes commencent à tomber : à non, encore un peu de patience s’il vous plait ! Malgré le petit répis, l’orage nous rattrape une centaine de mètres avant le bas : le rocher devient glissant et demande mille précautions. Et alors que nous touchons le pierrier, la pluie s’arrete : à croire que c’était juste pour nous ! Tayo sur l’ancien glacier, on dévale un nevé en espérant rattrapper un chemin plus bas. La dernière difficulté : passer le torrent renforcé par l’orage. Quelques pas d’équilibristes et c’en est fait ! Comme par chance, le sentier tant attendu est juste derrière. Il n’y a plus qu’à se laisser guider pour rentrer à la Grave. Laisser nos jambes nous portrer, assimiler tranquillement tout ce que l’on vient de vivre. Retrouver petit à petit le cours des choses. Et clore en douceur cette page de nos aventures en montagne.


refuge de l'aigle arc en ciel
eclaircie la grave

Le refuge de l'Aigle est de retour, tout neuf! L'avantage des descentes sous l'orage, c'est qu'on peu voir de belles lumières... Enfin La Grave se profile... Mais c'est encore loin!



panorama
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