Bartasses et Saucisson

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bartasser /baʁ.ta.se/ : Sortir des itinéraires normaux, avoir des difficultés pour arriver à destination...

Couloir Nord des Bans

Le début de ce mois d’octobre a été magnifique. Le soleil brille sur la France entière et les températures sont douces. Si nous n’avons pas eu un bel été, l’automne tente de nous le faire oublier. Pourtant la semaine dernière nous avons bien cru l’hiver sur le point de prendre son tour sans transition, lorsque du jour au lendemain les premières chutes de neiges ont blanchie les sommets de Belledonne. Apparition fugace, car le beau temps s’installe de nouveau pour une courte semaine, comme pour nous donner une dernière occasion d’aller profiter de la montagne avant que celle-ci ne change sa parure pour de bon.


vue des bans et du glacier de la pilatte

En haut du Grand Pic de la Meije, vers la traversée de arêtes: le Doigt de Dieu sort des nuages, ambiance!

En cette fin de saison, l’envie de taper du glaçon devient forte. Mais il n’est pas facile d’estimer les conditions dans un massif sauvage comme celui des Ecrins, et le retour d’informations n’est pas très important. D’autant plus lorsque l’objectif que l’on se fixe se trouve en plein cœur de ce massif, tout au bout du vallon de la Pilatte ! Invisible depuis la Bérarde ou ses abords, bien caché derrière Ailefroide, le couloir nord des Bans ne se revèle que lorsque l’on arrive presque à son pied au refuge de la Pilatte, après trois longues heures de marche. De quoi en décourager plus d’un, mais aussi un gage de tranquillité et d’isolement.


Manu est d’accord avec moi pour dire qu’il serait criminel de ne pas profiter d’une pareille météo avant qu’elle ne se gâte. Alors on finit par boucler des sacs rapidos, et le lendemain après le boulot, départ pour la Bérarde ! Arrivés là-bas à 18h, tout juste pour voir les plus hautes faces encore illuminées s’éteindre tour à tour, et les vallées plonger progressivement dans une nuit noire. La longue marche d’approche se fera à la lueur des frontales. Alors que les derniers lacets semblaient ne pas vouloir finir, nous arrivons enfin au refuge d’hiver : un parfait nid douillet, plein de couvertures et d’oreillers. Si tôt arrivés, le réchaud s’allume et l’eau chauffe. Le luxe dans un refuge d’hiver, peut simplement prendre la forme d’un vieux canard enchainé laissé par une précédente cordée : lancés dans le déchiffrement des contrepèteries on en laisserait presque bruler la soupe ! Dehors la nuit est douce et calme. Le ciel sans lune scintille A l’intérieur de cette petite cabane perdue au milieu de ces grandes faces, nous nous endormons, sans douter du lendemain.


face nord des bans couloir nord

La face nord des bans, avec le couloir au milieu. Bien en glace comme on peut le voire!

Réveil 4h15, départ 5h. Voilà un premier exploit que de partir à l’heure prévu lorsque l’on sait combien la tentation de rester au chaud sous les couvertures est grande. A partir du refuge, l’accès au glacier se fait par un passage câblé qui conduit à des échelles. Lorsque l’on pense qu’il y a 100 ans refuge et glacier se trouvaient presque au même niveau, on mesure l’importance du retrait des glaciers. Celui des bans et le plus grand des Ecrins, et en 150 ans il est passé de 60 000 hectares à seulement 17 000. Nous le remontons dans la nuit noire, louvoyant entre les crevasses. Au-dessus des Bans brillent Hercule et la ceinture d’Orion, magnifiquement visible à cette heure. Lorsque les premières lueurs apparaissent et que notre vue peut porter au-delà du faisceau de nos lampes, le magnifique spectacle de ce glacier chaotique s’offre à nous. Et nous voyons enfin notre couloir ! Arrivés au pied, il se révèle être en glace comme souvent. Après avoir franchi la rimaye et remonté la première pente de neige nous voilà dans le couloir. La glace est très froide et cassante, et même si de la neige tombée la semaine dernière est resté sur les bords du couloir, il faudra tirer des longueurs de corde pour avancer en sécurité. Petit à petit les longueurs s’enchainent, nous prenons de la hauteur et la vue s’ouvre sur le nord du massif : la Meije, la Barre, Ailefroide, Pic sans nom, Pelvoux… Un tableau de maître. Encaissé entre deux grands piliers, ce couloir dessine de longues lignes de fuites qui viennent mourir sur le pilier trois cent mètre plus bas. Vers le haut, caché par les ressauts, la sortie se laisse désirer.


dans le couloir dans le couloir

La remontée du couloir, tout en glace. PLus on monte, plus la vue est belle.

Les mollets chauffent, et une petite bise nous rafraichie les oreilles lorsqu’enfin j’aperçois un chocard. Comme le marin pour qui la mouette annonce la terre ferme, je sais que derrière ce ressaut nous apercevrons enfin la bêche. Enfin, une dernière pente en neige et je sors sur la petite selle neigeuse : le contraste est saisissant. De l’ombre à la lumière, du froid à la douceur du soleil, derrière la brèche c’est tout un nouveau monde qui s’ouvre vers le sud. Seul, assis dans la neige en faisant monter Manu, je profite de la douceur de ces instants. Le relâchement, le calme après l’effort. Nous prenons notre temps au sommet pour profiter du paysage : je découvre une nouvelle perspective sur ces sommets qui nous entourent. Tous, je les ai plus ou moins vu, certain je les ai foulés : mais à chaque nouveau point de vue je comprends un petit peu mieux l’architecture de ce massif tortueux où les vallons s’enroulent et s’entremêlent. Peu à peu, il me devient familier. De notre promontoire nous voyons tout : Ailefroide, le Pic Coolidge, la Meije : des souvenirs de cet été. La Barre des Ecrins : des souvenirs de nos premiers pas dans ces montagnes. Le Pelvoux, la Pointe des Etages : des idées d’aventures à venir…

dans le couloir dans le couloir

On aperçoit derrière nous le promontoire rocheux du refuge. Bien loin... Le soleil à la brèche! Bon moment de détente!

Les corps alourdis par la fatigue et les esprits alanguis par les caresses du soleil, il est difficile de se remettre sur pied. Pourtant les heures qui passent nous incitent à reprendre notre chemin. La nuit sur ces sommets ne s’improvise pas. L’arête est très aérienne et nous avançons en équilibre, funambules sur un fil de pierre. Après quelques passages de désescalade scabreux dans un rocher qui n’aspire qu’à rejoindre des altitudes plus clémentes, nous arrivons à la sortie du couloir macho, notre voie de sortie. Mais notre élan est vite coupé lorsqu’arrivé au bout de mes 50m de corde, je n’ai toujours pas trouvé le prochain relais. Il y en a bien un quelques 15m plus bas et en décalé rive gauche, mais inaccessible. Nous trouvons un bon becquet pour faire relais, et nous le rejoignons en désescalade. La suite s’enchaîne rapidement, Si bien que nous prenons pied sur le glacier un peu après 15h : l’horaire que nous avions imaginé est respecté, et tout s’est déroulé proprement. En bas on aperçoit le refuge. Mais pas la voiture. Le retour va être long, très long. Ce doit être le prix de merveilleuses journées comme celle-ci !

dans le couloir

Les sommets des Ecrins à portée de main: La Meije au fond, Le Dôme des Ecrins avec son petit chapeau blanc, et la Barre à côté, Ailefroide, le Pic Sans Nom, le Pelvoux... Et la voiture, tout au bout du vallon!


dans le couloir

Manu en équilibriste au dessus des Ecrins!


Le coin du technicien

Horaires

  • 2h30 montée au refuge de la pilatte : l’itineraire est évident, et le chemin très bon.
  • 2h30 du glacier à l’attaque.
  • 3h30 dans le couloir +5min pour le sommet.
  • 1h45 pour retourner au refuge.

Conditions

Le glacier passe bien, même s’il est très ouvert. Le couloir était en glace froide cassante, de la neige sur les bords facilitant la progression. Relais sur becquet sur les rives ou sur broche. Attention aux chutes de pierres !

Descente

Nous somme descendu par le couloir Macho : après relecture des topo (que nous avions oubliés !) il semblerait qu’on ait sauté le second relais de rappel qui doit être en rive droite (30m ?), et duquel on atteint le troisième relais qui est en rive gauche, un peu plus bas que celui que nous avons utilisé. Les rappels font entre 40 et 50m. Pour franchir la rimaye nous avons utilisé un relais à main droite à la sortie du couloir, mais nous en avons vu un main gauche 5m plus bas est plus dans l’axe (probablement plus pratique pour rappeler la corde).