Bartasses et Saucisson

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bartasser /baʁ.ta.se/ : Sortir des itinéraires normaux, avoir des difficultés pour arriver à destination...

Arête de Coste Rouge à l'Ailefroide: Acte II, parce qu’on est pas du style à abandonner!

Vous vous rappelez de l’arête de Coste Rouge ? Oui oui, celle où la météo a joué avec mes nerfs de manière assez indécente… Et bien nous y sommes retournés, avec cette fois ci un bon créneau météo, une énorme envie, et un moral gonflé à bloc ! Badaboum, ce soir mon pote, on dort au sommet de l’Ailefroide !


coste rouge

.La belle arête de Coste Rouge qui monte derrière les sérac suspendus.

Prévision météo France : le beau temps qui réchauffe l’Isère depuis mardi va perdurer jusqu’à vendredi. Samedi matin sera toujours radieux tandis que l’après-midi verra arriver une perturbatio… bla-bla-bla ». Pas de soucis, on connait le refrain. Finalement je crois que je vais être prévisionniste, c’est plutôt facile. Yoyo arrivant à court de patience a posé un RTT pour vendredi: cette fois ci le mauvais temps ne sera pas pour nous !

Jeudi soir : de retour au Pré de Mme Carle, on s’est trouvé un coin où jeter la tente. Dans la voiture l’ambiance était euphorique : tout semble rouler, et demain nous promet une magnifique journée qui devrait se terminer par un splendide bivouac sur l’arête. Yoyo décharge la voiture pendant que je commence à défaire les duvets. Tout à coup il se frappe les paumes sur le front, et se fige… Caché derrière un cabas, la vue d’une de mes chaussures vient de reconnecter deux synapses de sa mémoire profonde. « Flash ! mes chaussures n’étaient pas dans l’armoire Flash ! je ne les ai pas mis dans la voiture ! » Conclusion, yoyo n’a pas de chaussures… Voilà, le Deus Ex Machina vient de glisser un grain de sable dans la mécanique. Il est 23h, et il n’est pas question de retourner les chercher. Du coup on ne peut rien faire ce soir. Si ce n’est se coucher. Beaucoup moins ravis que 15 minutes auparavant.

les courtes les courtes
les courtes les courtes

Les jolies petites fleurs du col de Coste Rouge.

Au lever il faut grand beau, un petit peu frais. Un petit déjeuner vite avalé, il est temps de s’attaquer aux premières difficultés, celles qui ne sont pas mentionnées sur le topo : trouver une paire de chaussures pour yoyo ! On est à Ailefroide, l’un des petits villages concentrant le plus de grimpeurs et d’alpinistes au mètre carré de camping, donc nous sommes assez confiants. Une chance, les tenants de magasins sont plutôt matinaux. Après un premier coup d’épée dans l’eau, nous sommes redirigés vers le magasin suivant. Bingo, il est lui aussi ouvert, et le gérant prépare sa devanture. Yoyo (et pas catherine) l’aborde :

«
-Bonjour ! Ce serait pour louer des chaussures d’alpinisme en 43 ?
-Du 43 ? Nan, pas de 43 le vendredi. Le vendredi on emmène mamie au marché et puis s’est tout, on va pas se faire chier non plus. (là, yoyo ne sait pas trop sur quel pied danser)
-ah bon ? C’est Gérard qui nous envoie, il nous a dit que vous auriez surement ça…
-Gérard ? Dites-lui qu’il arrête de m’envoyer des chieurs le matin !»

Evidemment c’est du nième degré. Je trouve ça hilarant et l’homme est plutôt sympathique. Morceaux choisis :

«
-Tiens, t’essayes la paire d’Asolo en 42.5, les La Sportiva en 43, et les Mammut en 43.5, et si ça te va pas bin allez vous faire foutre ! »

«
(au moment de remplir des papiers)
-Vous voulez mon adresse au cas où je ne vous rende pas les chaussures ? (sourire)
-Nan je m’en fout, elles sont pas à moi. Tu sais, je fais pas ça pour le plaisir hein. J’aime pas la montagne, et j’aime pas les montagnards, ils puent. Moi ce que j’aime c’est la plage ! Demain soir c’est les vacances et je me tire à la plage. »

Bilan, yoyo ne sait pas combien il va payer, mais il a une bonne paire de chaussures et on s’est bien marrés !

les courtes les courtes
les courtes les courtes

On remonte la moraine, puis le glacier (sur lequel il rest un peu de niege). Petit à petit notre objectif et les grandes faces du bassin se dévoilent.

La montée sous le soleil (chaud) se fait sans problème, et nous voilà pour la deuxième fois du mois au Col de Coste Rouge. Regard anxieux vers le sud… ouf, il fait grand bleu cette fois ! On casse la croute pour recharger les batteries, et je repars sur ce morceau d’arête avec lequel nous sommes déjà un peu familiers. Les aiguilles de l’arête défilent plus vite que les celles de la montre. L’escalade est sympathique, sur du caillou correct (tout du moins pour nous qui avons commencé en Belledonne ) et chauffé par le soleil. C’est l’avantage de commencer une course aussi tard (il est 14h) !

les courtes les courtes
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On progresse sur l'arête et prend de l'altitude petit à petit. Tout proches, les séracs du glacier suspendu.

Après un passage un petit peu délicat pour contourner la tour du Géant, nous somme au col du même nom. C’est ici que nous avions initialement prévu de bivouaquer : mais j’avais dans l’idée que nous serions rapide, auquel cas un bivouac au sommet serait préférable. Pour profiter du rocher chaud, du bonheur de la grimpe au soleil, de la lumière, ou encore d’un bivouac avec vue et d’autant plus apprécié que les difficultés sont derrière nous. Plein de bons arguments. Ce n’est même pas la peine de négocier, yoyo et finalement du même avis. Arrivé au pied du dernier bastion l’arête de redresse. Mais le rocher est bon, les prises franches. Rapidement le vide se creuse, il n’y a plus rien derrière nous, seulement la barre des Ecrins loin dans notre dos, l’arête et le glacier en contre-bas : l’ambiance devient extraordinaire. Quelques ressaut ou il faut bien grimper, un petit crochet par la gauche, cette petite cheminée, et… Et le rocher laisse place au bleu du ciel. Plus rien en face, le vide, le regard qui porte à cent kilomètres à la ronde. Je prends pied sur le faîte de l’arrête sommitale, le sommet et à quelques dizaines mètres à droite. Rapidement Yoyo me rejoint : il est 19h, et notre cordée est arrivée à destination, les cris fusent. Le sourire rayonnant, nous sommes ravis d’être enfin au sommet ! Assis là nous profitons des magnifiques couleurs de cette fin de journée sur les Ecrins. Bientôt il faudra penser à organiser notre bivouac : déneiger le petit emplacement, préparer à manger, faire de l’eau… Et profiter au maximum de ces instants extraordinaires.

les courtes les courtes
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Trop bon!



Merci yoyo pour cette chevauchée. Encore un pas de plus pour la cordée! :)