Bartasses et Saucisson

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bartasser /baʁ.ta.se/ : Sortir des itinéraires normaux, avoir des difficultés pour arriver à destination...

Eperon de la Brenva

mai 2015

L’éperon de la Brenva fait partie des courses classiques du massif du Mont Blanc qui font rêver les jeunes alpinistes. Pas de difficultés techniques majeures, mais surtout une voie qui permet de tutoyer la face sud du Mont Blanc et de sortir (presque) à son sommet ! Un sacré programme.


Tout cela était d’autant plus vrai il y quelques dizaines d’années, lorsqu’il était assez facile d’y trouver de bonnes conditions. Désormais, il faut préférer y aller au printemps lorsque la neige est encore suffisamment présente sur le massif pour éviter que le couloir Gussefeld soit en glace. Et pourquoi-pas partir à ski, afin de profiter par la même occasion de la descente par la face nord, en bonne neige ces temps-ci !


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Vue panoramique sur le bassin de la Brenva depuis le balcon du bivouac de la Fourche.

Pour y être déjà allé, la perspective de dormir au bivouac de la fourche est réjouissante : cette cabane perchée au-dessus du bassin de la Brenva offre une vue panoramique sur des itinéraires mythiques : arête de Peuterey, Pilier d’Angle, face nord due l’Aiguille Blanche… Et notre éperon de la Brenva. Lorsque le jour tombe et que le froid ne pousse pas encore à se réfugier sous les couvertures, quel plaisir que de se délecter de la vue depuis le petit balcon suspendu, une tasse fumante à la main ! A se demander si ce n’est pas cette cabane que Samivel avait en tête en réalisant son aquarelle…


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Bivouac de la Fourche, une magnifique petite cabane perchée haut, qui mériterait que les alpinistes de passage en prenne plus soins... (à droite, "A la belle époque" aquarelle de Samivel, 1930 -src: wwww.delcamp.net)

L’accès à la cabane se fait en traversant le cirque du maudit dans une ambiance austère imposée par les grandes parois qui se perdent dans les nuages. Un peu de brassage dans la neige, un passage de rimaye acrobatique, et enfin la remonté du couloir d’accès achèvent de planter le cadre. Il n’y a plus qu’à attendre que les nuages qui nous baignent se dissipent pour nous laisser entrevoir notre itinéraire…

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Approche dans le cirque du Maudit, sous les nuages gris.

Les cieux sont avec nous, car peu de temps après s’être installé, le vent tempétueux qui nous avait cueilli au col a complètement nettoyé le ciel, et l’éperon se révèle à nous dans toute sa hauteur. La lumière bleue glaciale de cette fin de journée donne une sacrée dimension à cette face sud du Mont Blanc.

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Une fois bien installé au bivouac on peut profiter de la vue dégagée pour repérer l'itinéraire. Et rêver des manifiques sommets alentours...

La partie la plus préoccupante de l’itinéraire est l’approche : elle traverse un glacier assez crevassé, et surtout passe dans l’axe de chute d’un énorme sérac suspendu, juste au pied de l’attaque. En observant les débris des précédentes chutes, nous nous rassurons en nous disant qu’il est possible de faire la trace en les contournant largement, restant ainsi hors de portée de ces immeubles de glace menaçants…

Le seuil de la porte à peine franchi nous faisons volt-face, alertés par un grand fracas. Stupeur ! La trace sûre imaginée il y a quelques instants vient d’être littéralement balayée par une avalanche de séracs… Les estomacs se nouent quelque peu…

Après une nuit aussi agréable que courte, nous voilà prenant pied sur le glacier. Le faible pinceau de lumière de nos frontales n’éclaire que nos skis, laissant dans l’ombre la menace du sérac. Arrivé au passage critique nous traversons rapidement dans les débris de la chute d’hier. Débris qui atteignent sans forcer la taille d’une camionnette, malgré leur 600m de vol libre. La tension retombe quand nous commençons à nous élever dans le couloir : cette fois nous somme bel et bien hors d’atteinte !

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Le soleil nous rejoind dans la seconde partie de la voie. La sortie ne semble pas si loin, et pourtant ce sera long...

La suite consiste en une longue remontée de couloir de neige, ski sur le dos. L’altitude se fait déjà sentir, ainsi que le poids des skis. Le jour nous rejoins alors que nous arrivons sur l’arête ourlée de neige qui marque la fin du couloir, nous dévoilant le reste de la course. Une longue pente de neige, surmontée… De séracs ! Ceux-là ne sont pas menaçants, mais tout de même. Malgré la magnifique ambiance très haute montagne, le manque d’acclimatation fera paraître la fin de la course interminable… Arrivé au col de la Brenva, le corps et le ciboulot suffisamment éprouvés pour aujourd’hui nous décidons de redescendre maintenant en shuntant le sommet par les rochers rouges. Au moins nous profiterons de la poudre avant tout le monde !

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Pause sous la sortie. Encore un ultime effort pour atteindre le col de la Brenva.

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Au pied de la face Nord du Mont Blanc: bonne neige! La suite sera plutôt... cartonnée.